barrages

{ quand la Guyane dit stop }

Hello mes ptits dreamers,

J’ai l’habitude de vous montrer une image de la Guyane avec ses superbes levers de soleil, le charme des tortues, sa faune et sa flore luxuriante, mais je ne vous parle pas vraiment de ce qui ne va pas. Non pas que ça ne m’intéresse pas ou que je ne veuille pas le faire mais j’estime que je n’ai forcément de légitimité à parler de ces sujets… Malgré tout, aujourd’hui, j’ai décidé de me réveiller comme tous les guyanais qui sont en train de montrer qu’ils ont des revendications légitimes à exprimer. Je ne dis pas qu’ils dormaient jusqu’à maintenant, bien au contraire, mais c’est d’autant plus flagrant cette semaine.

J’ai également décidé de vous en faire part car comme beaucoup de gens ici, je déplore que les médias de métropole ne réagissent pas ou commencent tout juste… Je me dis qu’à mon petit niveau, si moi j’en parle et que je montre la réalité de la situation, ceux qui me suivent le verront, en parleront à leur tour et ainsi la Guyane apparaîtra dans les conversations pour des raisons autres que sa miss France ou sa série Canal +.

 

Bref, voici mon résumé de « que se passe-t-il donc en Guyane en ce moment? »

 

Depuis plusieurs semaines, le ton monte. Insécurité, santé, agriculture, tous les secteurs y passent et les revendications sont nombreuses. Construction de commissariats, maintien d’escadrons mobiles, annulation de la vente de l’hôpital de Kourou, déblocage du pacte d’avenir, aides  aux agriculteurs, …

La semaine dernière, des tensions apparaissaient déjà suite à la venue de Ségolène Royal qui a écourtée sa visite et n’a pas inauguré comme envisagé le pont de l’Oyapock, après une intervention musclée du collectif « 500 frères », lequel dénonce la violence qui sévit dans les rues guyanaises.

Mardi, le lancement de la fusée Ariane a été annulée suite à des blocages rendant impossible l’accès au centre spatial.

 

Vendredi.

Au réveil, j’apprends qu’il y a un barrage entre Matoury et Cayenne. Bonne nouvelle pour mon petit monsieur qui ne pourra pas accéder à sa nounou et sera donc coincé avec son daddy à la maison. Au fil de la matinée, les barrages envahissent de plus en plus de rond-points, les communes deviennent de plus en plus inaccessibles…

Midi. Je sors acheter un sandwich et là, surprise, les rideaux métalliques des commerces se baissent, tout est fermé dans Cayenne! Je remonte au bureau, on fait le point sur la situation, finalement on suit le mouvement, on ferme tout! Chacun rentre chez soi… parfois plus facile à dire qu’à faire car les barrages se sont multipliés (certains officiels, tenus par les collectifs, d’autres sauvages, que les forces de l’ordre ont pour consigne d’éliminer) et il faut donc trouver des solutions pour accéder à sa voiture de l’autre côté du barrage ou la laisser quelque part avant le barrage et trouver un chauffeur de l’autre côté du barrage qui voudra bien nous ramener à domicile.

Pendant ce temps le vol Air France faisait demi-tour au-dessus de l’Atlantique faute de pouvoir atterrir et se ravitailler correctement puisque l’aéroport doit faire face à un manque de personnel !

Début de soirée. Une table ronde se tient sur un rond-point de Cayenne avec entre autre Rodolphe Alexandre, les 500 frères,…

22h. Des vidéos plutôt inquiétantes circulent sur les réseaux sociaux. Tout comme cela arrive en métropole en marge des manifestations, certains profitent de la situation, Cayenne devient une zone à éviter !

 

Samedi.

Les barrages se maintiennent. Un couvre-feu est remis en place pour les mineurs afin d’éviter les ennuis de la nuit.

La peur que la situation dure conduit la gens à envahir les supermarchés, les stations-services, … les temps d’attente aux caisses augmentent à mesure que les rayons se vident. Cayenne est devenue une ville morte. Les rues sont désertes, les commerces sont presque tous fermés, seuls quelques pharmacies et boulangeries sont ouvertes. Les libres-services (petites supérettes locales) sont fermés mais répondent aux demandes des clients via des petites ouvertures sur leur porte. On se demande si l’on doit donner un mot de passe comme pour accéder à un cercle privé qui nous donnerait quelques paquets de pâtes en cas de pénurie…

Sur les ronds-points la solidarité est de rigueur. Les guyanais fournissent nourritures et boissons aux collectifs qui tiennent les barrages, des barbecues s’improvisent,…

Je crois que ce qui m’a le plus impressionné est la vitesse à laquelle le mouvement a pris cette ampleur. Jamais en métropole une ville se retrouve isolée ainsi – j’avoue que le fait de n’avoir que 4 routes nationales en Guyane aide un peu !

Combien de temps cela va durer, on ne le sait pas,… En attendant je vous laisse vivre la situation en images.